« POSITIONS RACISTES RIGIDES »

Par Diana Szanto, Fondation Artemisszio (Budapest), pour le projet Zelda

 

CAS EMBLÉMATIQUES TIRÉS DES VÉCUS

  • Au cours d’une activité de simulation de décentration, un participant fait des déclarations transphobes et affirme : « C’est mon opinion et je ne veux pas la changer ». Les animateurs ont l’impression de ne pas pouvoir déconstruire les déclarations (IT).
  • Une participante évoque des propos clairement racistes (sur les Roms qui « font des enfants uniquement pour les allocations familiales ») et ne réagit pas aux contre-arguments, personne ne peut s’opposer à elle (HU).
  • L’animateur se sert d’un incident critique en espérant l’utiliser pour déconstruire les préjugés contre les Roms, mais au lieu de cela, tout le groupe s’aligne derrière les préjugés. Il s’agit d’un père Rom qui, en hiver, a volé du bois dans une forêt pour se chauffer. Les participants (policiers) ne voient que le fait du vol, ce qui confirme le préjugé qui stigmatise les Roms comme des voleurs (HU).
  • L’animateur travaille dans une classe d’élèves d’école primaire, animant un atelier sur la migration. Il entend un commentaire d’un enfant : « J’aimerais que les bateaux soient plus grands, pour qu’ils soient plus nombreux à se noyer d’un seul coup ». (HU)

 

THEORIE

Qu’est-ce que le racisme ?

Le racisme, selon le dictionnaire de Cambridge, est « la croyance que les qualités des gens sont influencées par leur race et que les membres d’autres races ne sont pas aussi bons que les membres de la vôtre, ou le traitement injuste qui en résulte pour les membres d’autres races ».[1]

 

Dans le racisme, on trouve donc un système de croyances supposant l’existence de races séparées, et un mécanisme social largement répandu, qui pousse les gens à favoriser leur groupe d’appartenance par rapport aux groupes extérieurs, créant ainsi une hiérarchie imaginaire. Cette définition est un bon point de départ, mais elle reste finalement insatisfaisante car elle exclut la question du pouvoir : paradoxalement, elle finit par naturaliser le racisme, en le situant dans la nature humaine, plutôt que dans les structures sociales.

 

Le concept de race

Au sens scientifique strict, le racisme est une théorie fondée sur la croyance en des différences significatives, immuables et héritées entre les humains, réparties en fonction de leur appartenance à des groupes définis par les caractéristiques phénotypiques dominantes de leurs membres. La science contemporaine rejette l’existence objective de ces catégories. Les gens peuvent sembler différents, mais leurs aspects physiques ne reflètent pas nécessairement leur ascendance. Les variations de couleur de la peau sont subtiles et progressives, elles ne s’inscrivent pas dans une catégorisation raciale rigide. Le séquençage de l’ADN a révélé que tous les humains vivants sont proches entre eux (Fullwiley 2007). Chacun possède la même collection de gènes, avec de légères variations d’un individu à l’autre, plutôt que d’un groupe à l’autre. Non seulement les humains modernes sont étroitement apparentés, mais ils ont tous des ancêtres en Afrique. Ce que l’on appelle « racisme scientifique » ou « racialisme » n’est pas scientifique au sens où il est prouvé par la science, mais il combine plutôt des méthodes scientifiques avec des théories non-fondées afin de soutenir et d’appuyer une certaine idéologie. (Rose 2007)

 

Groupe d’appartenance contre groupe extérieur et la logique de l’ethnocentrisme et de l’autre

Si l’on considère les différents groupes humains, des petits groupes ethniques préindustriels aux États-nations modernes, l’ethnocentrisme, c’est-à-dire la préférence du groupe interne en opposition à tout groupe externe, semble être une constante. Souvent, inconsciemment ou ouvertement, le propre groupe est utilisé comme définition de la pleine humanité. Les groupes ethniques de population réduite, pré-nationaux ou existant avant la formation de la nation moderne[2], utilisent souvent pour l’auto-identification un ethnonyme dont le sens est « humain » ou « homme ». C’est le cas des Wayana dans la forêt amazonienne et des Inuits en Alaska. Mais même dans les sociétés nationales modernes, tout le monde est dans une certaine mesure ethnocentrique, car il est très difficile de ne pas projeter aux autres groupes les normes apprises au sein du sien. Si le propre groupe est la norme, les autres sortent forcément mal de la comparaison. L’une des conséquences de l’ethnocentrisme est qu’une hiérarchie implicite s’installe entre les groupes établissant une conception graduée de l’humanité. Les autres, à travers ce prisme, non seulement paraissent différents, mais sont perçus comme un peu moins humains que ceux appartenant au propre groupe de quelqu’un, quelle que soit la définition de ce groupe. Les catégories sociales aident les gens à se comprendre eux-mêmes par opposition aux autres et à décider où placer leur allégeance dans ce jeu de catégorisation. « L’altérisation » désigne le processus socio-psychologique consistant à classer ou à représenter une personne ou un groupe comme étant radicalement différent, pas tout à fait comme humain (US), en supposant qu’il existe une façon “naturelle” d’être humain et qu’il s’agit de la “nôtre” (Powel et al. 2016). Ce qui différencie l’altérisation de l’ethnocentrisme ordinaire (et probablement universel) est la capacité du sujet altérisant à projeter sa vision du monde et son mode de classification sur l’objet de l’altérité. Ainsi, être « altérisé » signifie être obligé de se voir à travers le prisme du sujet altérisant (Fanon 1952). L’altérité se produit généralement à travers les lignes hiérarchiques et seuls ceux qui se trouvent au sommet de la hiérarchie ont la capacité de transformer l’altérité en domination. Par conséquent, l’altérisation (une forme d’altérité marginalisante) est inséparable du pouvoir, le pouvoir de représenter les groupes dominés comme des autres à l’autre extrême, faisant apparaître une perspective relative comme une hiérarchie objective.

 

Hiérarchies fictives

Le racisme scientifique suppose l’existence objective de « races » identifiables et séparées, c’est-à-dire de catégories fixes et distinctes de personnes dont la différence phénotypique s’explique par leurs différentes origines biologiques. La combinaison de la pensée raciale avec la tendance à l’altérisation a généré le racisme. Le racisme, en tant que théorie, relie les caractéristiques physiques observables aux qualités morales ou intellectuelles d’une personne ou d’un groupe. Le déterminisme biologique – qui est au cœur du racisme – suppose que ces qualités sont immuables, sujettes à une transmission indélébile de génération en génération. La hiérarchie qui apparaît entre les groupes est donc présentée non pas comme le résultat d’un processus historique de domination, mais comme un « fait » fixe, immuable et incontestable, enraciné dans la « nature ». (Rabinow et Rose 2006)

 

Du racialisme au racisme quotidien

Le racisme quotidien n’est pas nécessairement ancré dans le racisme scientifique – il n’est pas strictement lié à la croyance en l’existence objective des races – mais il perpétue l’idéologie de la séparation et de la hiérarchie. Le racisme quotidien est ancré dans un sentiment de supériorité, il s’observe dans les attitudes, les opinions et les actes qui diminuent une personne en raison de son appartenance supposée à un autre groupe. Ces croyances et les modèles de comportement qu’elles produisent ne constituent pas seulement une atteinte psychologique aux victimes du racisme. Elles jouent aussi un rôle primordial dans la légitimation et le maintien des inégalités. Le racisme est donc inexorablement oppressif. On peut parler de « racisme » de manière vague, même dans le cas où la définition du groupe d’autrui n’est pas basée sur la biologie. Certains auteurs (Wikan 1999) affirment que dans l’ordre mondial libéral, la culture et la religion en sont venues à remplacer la notion scientifiquement discréditée de race, jouant le même rôle de création, de légitimation et de maintien des hiérarchies sociales entre les groupes sociaux. Le racisme quotidien se manifeste par des préjugés négatifs, une attitude rabaissante ou hostile et une discrimination systématique affectant les groupes dominés. C’est en ce sens que l’on peut assimiler au racisme la discrimination touchant d’autres groupes que les groupes raciaux ou culturels, comme les personnes trans, ou queer, ou les personnes handicapées.

 

Racisme institutionnel

Le racisme institutionnel est l’expression des croyances, attitudes et préjugés dominants au sein d’une institution concernant l’infériorité de certains groupes. Même lorsque ces croyances ne sont pas explicites ou conscientes, les règles, les normes et la culture institutionnelle dominante peuvent contribuer à maintenir le statu quo et sa nature oppressive.

 

Essentialisme

La pensée et la culture racistes sont souvent voilées, camouflées et ignorées, même par leurs auteurs. Il est donc utile de réfléchir sur les traits observables des discours et pratiques racistes. L’essentialisme est un élément qui relie les différentes variations du racisme. « Tout racisme est un essentialisme » (Bourdieu 1980) Qu’est-ce que l’essentialisme ? À première vue, c’est une idée philosophique innocente. Elle stipule que les choses ont une qualité essentielle qui en fait ce qu’elles sont. Les tables doivent avoir en commun une sorte de « tablitude » qui définit l’essence de ce qui fait une table.[3]

Appliqué à la société, l’essentialisme permet d’objectiver et de réifier les groupes, il les présente comme s’ils avaient des frontières fermées et qu’ils étaient immuables à travers le temps, enracinés dans une origine commune et allant vers un destin immuable tout aussi commun. L’essentialisme crée des idéologies spécifiques : l’idéologie de la tradition, l’idéologie de la frontière et l’idéologie de la pureté. L’essentialisme abhorre la mixité, le franchissement des frontières, le changement et les identités fluides. Les conceptions essentialistes de la nation, de la race et du sexe naturalisent l’ordre politique mondial et la position sociale que les hommes et les femmes, les Noirs et les Blancs occupent dans la structure sociale.

 

Qu’est-ce qui rend ces idéologies attirantes ?

Le racisme prospère parce qu’il est souvent invisible. Il fait partie de l’hégémonie, c’est-à-dire du monde tel que nous avons appris à le lire. Certaines circonstances le rendent cependant plus acceptable et plus prédominant. Le climat politique influence beaucoup la façon dont les gens interprètent le monde social qui les entoure. La première – et la plus évidente – réponse, à la question de savoir pourquoi les gens sont racistes est qu’ils vivent dans des sociétés définies par des structures racistes défendues tacitement ou ouvertement par des institutions racistes. Mais il y a bien sûr d’autres raisons.

 

Le besoin d’appartenance et le besoin d’une identité sociale valorisée

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il semble qu’en fin de compte, l’intérêt principal des préjugés ne soit pas de dévaloriser l’autre groupe, mais de protéger et de valoriser le nôtre. En effet, le long parcours évolutif de notre espèce nous a appris l’importance primordiale de l’appartenance à des groupes. Notre survie dépendait de notre capacité à collaborer et à coexister avec d’autres, peut-être des personnes assez semblables à nous. Cette existence intime au sein de groupes a plusieurs conséquences sur le développement humain : nous avons développé des modes de fonctionnement cohérents et des univers symboliques, que nous pouvons appeler “culture”. La dépendance à l’égard de notre groupe a ancré en nous la nécessité d’une protection concrète, matérielle et symbolique de notre groupe et de notre culture. Ces besoins se reflètent dans la dynamique de l’identité sociale et de l’ethnocentrisme (Maalouf 2001). L’ethnocentrisme nous aide à maintenir une foi dans la cohérence de notre monde et à croire en notre supériorité. C’est un moyen relativement facile de se construire une identité sociale positive, il est donc difficile de résister à la tentation.

 

Blâmer la victime

Le racisme est basé sur un concept de société où les différences hiérarchiques sont naturalisées et expliquées comme le résultat des qualités inhérentes aux groupes identifiés. Cette théorie sociale fait qu’il soit très difficile de comprendre la “malchance” des groupes subalternes autrement que comme leur propre faute.. Le fait de blâmer les victimes de la discrimination, du racisme et de l’oppression rétablit la cohérence dans une situation de déséquilibre évident et dispense de prendre la responsabilité collective ou individuelle de l’inégalité qui prévaut. Cela peut également contribuer à une identité sociale positive car si chacun mérite son sort, alors j’ai sûrement fait quelque chose de bien pour être un peu plus haut sur l’échelle.

 

Menace identitaire

Il serait logique d’imaginer que les personnes qui souffrent elles-mêmes de l’oppression sont plus empathiques envers ceux qui sont plus opprimés qu’elles ne le sont. Il est intéressant de noter que c’est souvent le contraire qui est vrai. La peur de tomber encore plus bas et d’être assimilé à ces groupes socialement plus ostracisés crée un besoin de séparation. Cela explique pourquoi les travailleurs blancs pauvres des plantations et, plus tard, les travailleurs industriels ont été séduits par l’idéologie du racisme aux États-Unis et en Afrique du Sud. Cela explique également la séparation symbolique souvent observée entre les groupes de migrants établis et les nouveaux arrivants. Plus une position sociale comporte la menace d’une identité sociale dévalorisée, plus la tentation est grande de croire en sa supériorité sur la base de l’appartenance à un groupe social supérieur. Cette tendance peut également être exploitée par l’élite, en dressant les subalternes les uns contre les autres (Mbembe 2017).

 

Les tensions sociales

Les croyances racistes profondément enracinées dans la société ainsi que les institutions qui perpétuent la discrimination, l’ethnocentrisme naturel et la prédisposition à l’altérisation constituent un terreau fertile pour le racisme. Le besoin d’une identité sociale valorisée contribue à la naturalisation et à la réification des hiérarchies sociales. Heureusement, il existe aussi des tendances contraires dans la société. Les gens sont des êtres doués de solidarité, d’empathie et d’un sens de l’éthique. La tension entre ces deux tendances est la force motrice de l’histoire. Les forces historiques influencent également la façon dont les gens perçoivent « l’altérité ». En période de menace perçue de l’ordre social et culturel, les gens ont tendance à réagir en regardant davantage à l’intérieur et sont naturellement plus nerveux. En ces temps incertains, les idéologies essentialistes peuvent créer un sentiment de fausse sécurité, un point d’ancrage sûr. Surtout si la classe politique est prête à exploiter les craintes des gens. Une crise sociale permanente peut créer des révolutions, ou une culture conservatrice, rétrograde, génératrice de pureté et de mobilité, qui encourage et en même temps exploite le racisme.

 

QUE POUVONS-NOUS FAIRE ?

Encadrement

Dans une formation dont l’objectif explicite est de favoriser la compréhension interculturelle, une position raciste présumée peut être interprétée comme une sorte de résistance. En effet, certains des participants peuvent être issus d’un milieu culturel et politique pour lequel les prémisses libérales, cosmopolites et fondées sur la justice sociale de la formation constituent, fondamentalement, une menace identitaire. Il est même surprenant qu’on ait des participants de ce spectre politique à notre formation. Nous devrions considérer cela comme une rare opportunité car nous ne parlons généralement pas à ce groupe. Nous avons trouvé utile, dans notre travail, de commencer chaque formation par une prise de position claire. Nous annonçons dès le début que cette formation est enracinée dans une philosophie politique particulière et nous ne prétendons pas représenter la vérité unique. En même temps, nous demandons aux participants de s’ouvrir à cette approche car notre but est de partager cette vision du monde avec eux. Nous insistons également sur le fait que, bien que nous soyons prêtes et prêts à relativiser notre position, les faits que nous partagerons sont confirmés par la science, la recherche journalistique ou l’ethnographie. Cette première clarification permet généralement de couper court à de nombreuses critiques potentielles ultérieures. Nous veillons également à ce que la formation soit conçue comme un exercice de développement professionnel. Nous soulignons que notre objectif n’est pas de faire des participants de « meilleures personnes », mais de les aider à mieux faire leur travail.

 

Confiance

Dans toute formation, la confiance entre les formateurs et les participants est un élément clé. Cela est encore plus vrai dans les cas où il manque une base solide d’un système de valeurs partagées entre les deux parties. Dans ces circonstances, il est toujours possible d’établir la confiance. Les formateurs doivent utiliser tous les moyens disponibles – utilisation du langage verbal et corporel, recherche d’un éventuel terrain d’entente, humour et positivité – pour établir un rapport avec les participants, pendant toute la durée de la formation, en particulier dans sa phase d’introduction. Deux formateurs animant ensemble une formation peuvent contribuer à créer de bonnes relations personnelles car leurs styles différents peuvent plaire à des participants différents. Il est également important de créer une atmosphère d’acceptation. Les formateurs doivent montrer l’exemple d’une attitude non moralisatrice. Accepter l’ethnocentrisme comme naturel et universel peut contribuer à surmonter la culpabilité et à réduire la résistance.

 

Expertise

L’acceptation ne doit pas signifier que chaque opinion doit être acceptée comme légitime, elle signifie plutôt que personne n’est attaqué personnellement pour des opinions que d’autres ne partagent pas. Le débat basé sur des arguments est autorisé et doit d’ailleurs être encouragé. Le formateur ou la formatrice n’a une chance de gagner dans ces débats que s’il ou elle arrive à faire preuve d’une expertise professionnelle, d’une supériorité de connaissances reconnaissable et irréfutable. Par conséquent, il doit être préparé dans les domaines que la formation aborde, avec une base solide de connaissances théoriques et empiriques. Seule une compétence reconnue peut leur donner une autorité suffisante pour fixer certaines limites aux réactions verbales et comportementales qui pourraient offenser les autres – ceci sans renoncer au principe général d’acceptation. L’autorité professionnelle ne peut être maintenue que par la sincérité. Si le formateur ne sait pas quelque chose, il vaut mieux l’admettre tout de suite. Enfin, le formateur ou la formatrice doit faire preuve de souplesse dans ses objectifs professionnels. Il doit évaluer la situation du groupe afin de fixer les objectifs qu’il souhaite atteindre. Cette évaluation doit être constamment contrôlée et, si nécessaire, révisée. Les participants viennent généralement à cette formation afin de se trouver légèrement déstabilisés. Une déstabilisation radicale peut déclencher une résistance ou un retrait radical.

 

Aider à reconnaître le racisme

Bien que certains participants adoptent une position raciste consciente, peu d’entre eux seraient heureux d’être qualifiés de racistes. Le racisme quotidien n’est généralement visible que par les victimes ou par ceux qui le tolèrent consciemment. Les gens ont besoin d’aide pour réaliser lorsqu’ils rencontrent le racisme ou lorsqu’ils sont racistes sans le vouloir. Le racisme est un phénomène complexe, aussi, au lieu de favoriser un climat de culpabilité et de rectitude politique forcée, il est nécessaire de partager les informations sur la nature du racisme, sur son origine historique, ses manifestations, ses variations. Cela peut être un chemin de découverte intéressant et inspirant pour les participants.

 

Encourager la solidarité et l’empathie

Les principes moraux valorisés contribuent à une identité sociale positive. Valoriser ouvertement une culture de solidarité et d’empathie pourrait élever la valeur de l’antiracisme et de l’interculturalité au sein du groupe. La solidarité avec les groupes subalternes peut être renforcée rationnellement en expliquant les mécanismes de l’oppression ou émotionnellement, par le biais de récits. L’un des meilleurs moyens possibles est de créer des situations de rencontre et de dialogue avec les membres des groupes opprimés.

 

BIBLIOGRAPHIE

BOURDIEU, Pierre. Questions de sociologie. Paris: Editions de Minuit , 1980

Fanon, Frantz. 1952. Black Skin, White Masks, Éditions Seuils

Fullwiley, Duana .2007. Race and Genetics: Attempts to Define the Relationship. BioSocieties., 2, 221–237

Kluchin, Rebecca. 2011. Introduction. In Fit to Be Tied: Sterilization and Reproductive Rights in America. New Jersey: Rutgers University Press, pp. 1-9

Maalouf, Amin. 2001. In the Name of Identity: Violence and the Need to Belong, Arcade publishing, New York pp.23-29.

Mbembe, Achille. 2017.”The becoming black of the world”. In Critique of Black Reason. Duke University Press pp.1-9

Powell, John A. and Stephen Menendian.2016. The Problem of Othering: Towards Inclusiveness and Belonging. OTHERING & BELONGING EXPANDING THE CIRCLE OF HUMAN CONCERN, ISSUE 1. SUMMER pp-14-41

Rabinow and Rose. 2006. Biopower Today BioSocieties . 1, pp. 194–198

Rose, Nicolas. 2007. “Race in the age of genomic medicine” In The Politics of life itself, Biomedicine, power and subjectivity in the 21st century, Princeton University Press, pp. 1-9

WIKAN, U.1999. Culture: A new concept of race. Social Anthropology, 7(1), 57-64.

 

 

COMPETENCES

Quelles connaissances, compétences, attitudes ou même quels outils, techniques pourraient servir de ressources à l’animateur ou à l’animatrice pour surmonter de telles situations

CONNAISSANCES  

Théories des identités sociales et de la catégorisation sociale, y compris la connaissance de la nature des préjugés, de la discrimination, de l’ethnocentrisme, de l’altérisation et du racisme. Les théories du biopouvoir, de la violence structurelle et de l’hégémonie.

 

L’histoire du racisme occidental, y compris le récit de voyageurs du 17e siècle, la traite des esclaves, la colonisation, le racisme scientifique du 19e siècle, le darwinisme social, les mouvements eugéniques, la ségrégation raciale et le fascisme.

 

Les faits comme arguments réfutant la naturalisation de la race. La science réfute l’existence des races.

 

Connaissance des types d’altérité dans une perspective historique occidentale : l’idée du primitif et du sauvage, l’exotisme, l’orientalisme, l’idée de progrès traçant une ligne entre la modernité et le sous-développement.

 

La connaissance de la façon dont, historiquement, la montée du racisme moderne en Occident a coïncidé et s’est mêlée à la montée du capitalisme.

CAPACITÉS, SAVOIR-FAIRE Capacité de décentration, contextualisation, empathie et compréhension émique, débat-culture.
ATTITUDES / FOCUS / SENSIBILITÉ Écoute active, communication assertive, capacité de prendre du recul, évaluation de la situation, fixation des objectifs pédagogiques en fonction des besoins du groupe, renforcement de l’image positive de soi du groupe (et des participants) comme ayant et défendant des valeurs sociales importantes.
TECHNIQUES Techniques d’animation, questions au groupe, communication basée sur des faits, utilisation d’exemples concrets, exotisation (déplacement) du problème (au lieu des Roms, parlons des Amérindiens), recherche d’une base minimale de solidarité, jeux de simulation, vidéos, pages web thématiques.

Pour les professionnels de la santé : https://structuralcompetency.org/

Le recours à des “experts de l’expérience”, c’est-à-dire des membres de groupes opprimés qui parlent de leur expérience, est également un moyen puissant.

 

[1] NDT. Le racisme, selon le dictionnaire de l’Académie Française, est « [L’]Ensemble de doctrines selon lesquelles les variétés de l’espèce humaine appelées races, principalement distinguées les unes des autres par leur apparence physique, seraient dotées de facultés intellectuelles et morales inégales, directement liées à leur patrimoine génétique. » Voir : https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9R0102

[2] NDT : « Les nations démocratiques se sont constituées en agrégeant des groupes divers, pré-nationaux, et en élaborant un espace public commun à tous – la communauté des citoyens. Pour ce faire, il convenait de transcender par le civisme les affiliations historiques, religieuses et culturelles – qu’on regroupe sous le terme d’«ethniques» – des individus et des groupes réunis dans la nation. » Voir : https://www.franceculture.fr/emissions/talmudiques/talmudiques-du-dimanche-20-janvier-2019

[3] NDT. « Pour Platon l’Idée a un sens totalement différent, que l’on pourrait aussi traduire par Essence. Prenons un exemple : nous sommes entourés d’un grand nombre de chaises toutes différentes certaines sont grandes, d’autres petites, en paille, en bois… Pourtant, malgré ces différences, toutes reçoivent le même nom de chaise, preuve qu’elles sont aussi, d’une certaine manière, semblables. C’est cette essence de la chaise, ce qu’il y a d’identique dans toutes les chaises que Platon nomme Idée, ou “chaise en soi”. Or, ce qui caractérise Platon, c’est que pour lui, cette “chaise en soi”, cette essence de la chaise, existe véritablement dans un monde séparé, indépendant du nôtre : le monde des Idées. Ce monde est donc peuplé de l’Idée de Chaise, de l’Idée de table, mais aussi des Idées du triangle, du Juste, du Beau… Bref, tout ce qui dans notre monde existe en de nombreux exemplaires (chaises, tables, triangles, actes justes, objets beaux…) existe de manière unique, et parfaite dans le monde des Idées. » Voir : http://philosurlenet.perso.libertysurf.fr/Encyclopedie/PLATON.html